29 janvier 2009
Tutoyer les anges
Ça m'a pris par surprise un mois de mai. Je n'ai rien vu venir, aune idée derrière la tête, rien prémédité. Et puis, d'un seul coup, elles étaient là devant moi. Je me suis dit "pourquoi pas?...rien qu'une seule fois...pour voir". J'ai vu.
C'était la première fois. Ce fut violent. Je ne m'attendais pas à ça.
J'ai tout de suite su que cette première fois ne serait pas la dernière ; Tout de suite saisi que j'avais mis les pieds dans un monde que je ne connaissais pas ; Tout de suite compris que j'allais devenir accroc.
Et je le suis devenue, accroc. Peu au début. Puis de plus en plus. Un trip tous les jours sinon rien. C'était trop rapide, trop souvent, trop tout court.
L'inéluctable arriva: le corps lâcha: Overdose. Obligée d'arrêter. Sevrage violent mais nécessaire. Nervosité, dépit, colère. Promesse de ne plus jamais y toucher.
Les mois ont passé. Je les avais presque oubliées. Et puis...
Ça m'a pris par surprise un mois d'avril devant ma télé. Je n'ai rien vu venir, aucune idée derrière la tête, rien prémédité. Et puis, d'un seul coup, elle était là devant moi. Une femme était à 195 mètres de l'arrivée. Ses larmes de souffrance, de fatigue, de joie et d'extase, ont trouvés un écho en moi ; et j'ai versé quelques larmes en la voyant devenir marathonienne.
Ce fut violent. Je ne m'attendais pas à ça.
J'ai tout de suite su que je venais de me trouver un objectif ; Tout de suite saisi que j'allais en baver ; tout de suite compris que j'étais toujours accroc.
Et je le suis toujours, accroc.
Petit à petit j'ai appris les règles de ce monde que je ne connaissais pas. Et depuis, je me prépare pour toucher l'extase et tutoyer les anges...ne serait ce qu'une seule fois.
19 janvier 2009
Volonté.....et tentation
Je m'étais pourtant promis de résister... de ne pas succomber à la tentation, de ne plus y retourner avant des mois. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir essayé. Nombreux sont les détours effectués pour éviter tout contact visuel ; et je ne parle même pas de toutes les fois où j'ai imposé le silence à la petite voix indignée qui hurlait en moi.
Il aura suffi d'un peu de pluie, de vent, de fatigue et du reflet d'une glace pour que toutes mes belles résolutions se liquéfient et glissent sur le trottoir....pile devant le salon de Fernando! (le hasard est parfois cruel).
Je suis entrée dans l'espoir d'y trouver un peu d'aide, de compassion et de chaleur humaine....
-SORS DE CE SALON VILE CRÉATURE!
J'ignore superbement le doigt dirigé vers la sortie, souris aux autres clientes et me laisse tomber sur le fauteuil en sky.
-Je n'en peux plus, tu dois m'aider!
-Ce n'est qu'une phase, ça ira mieux après!
-Je n'aime pas du tout cette phase! regardes moi! je ne ressemble à rien
Fernando dodeline de la tête d'un air exaspéré et glisse ses longs doigts dans mes cheveux
-Avec toute cette épaisseur, si tu tiens encore trois petits mois tu ressembleras à Tina Turner!
-Mais je ne veux pas ressembler à Tina Turner! Je veux ressembler à quelque chose d'humain et non à un caniche! coupe tout!
Fernando prend un air boudeur et croise les bras
-Je préfère ignorer cette allusion grotesque. Je refuse de participer à cette infamie
-Ne sois pas ridicule. Coupe!
-Je refuse
-Dans ce cas j'irais dans un autre salon!
-Tu n'oserais pas??!!!!
-Ne me sous-estime pas...
-Tu me fends le coeur!
-Fends plutôt mes cheveux, ce sera plus utile
-Tu vas le regretter. Les mecs préfèrent les femmes aux cheveux longs!
-M'en fous
-Les femmes préfèrent les femmes aux cheveux longs...encore deux petits mois et tu auras un succès fou!
*Intense moment de réflexion....l'argument pèse...je me passe la main dans les cheveux....*
-Tu crois?
-Certain!
-Bon....alors désépaissis beaucoup, et coupe....5 cm
-5 centimètres???!!! Pauvre folle! 1!
-4
-2
-3
-Ok pour 3 darling! Heureusement que toutes mes clientes ne sont pas aussi chiantes que toi!
Je souris face à cette petite victoire et laisse les doigts de Fernando s'occuper de tout. Les ciseaux, les peignes et les pinces se lancent dans une danse frénétique. Je me regarde et me sens soudain plus légère.
C'est une triste réalité, mais je dois me rendre à l'évidence: Je n'ai aucune volonté, je suis faible et influençable.....mais bien coiffée!
02 janvier 2009
Le nouveau
2 janvier 2009.
Première journée de travail pour cette nouvelle année. Il fait froid et encore nuit lorsque je descends du bus. L’air glacé m’agresse et je me dirige péniblement vers les portes de mon boulot. J’émerge difficilement de la torpeur où je m’étais glissée dans le bus anormalement vide. Je croise deux collègues, marmonne un bonjour et échange mes meilleurs vœux avec la standardiste qui me murmure « il est arrivé ! » les yeux remplis d’excitations.
Un peu surprise et perplexe, je prends néanmoins l’ascenseur jusqu’au troisième en me demandant qui a bien pu arriver un vendredi 2 janvier. La cabine s’immobilise, les portes coulissent, je fais quelques pas et tombe nez à nez avec lui.
Un nouveau distributeur ! Depuis le temps qu’on l’attendait ! On ne l’espérait même plus ! Et le voilà devant moi, brillant de milles feux, reflétant la lumière blafarde des néons! Inspection rapide de ce nouveau collègue mécanique. Je m’écarte un peu pour avoir une vision globale de ce colosse. Rien à dire, il présente vraiment bien ; Il a la classe avec sa couleur bleue nuit et ses 6 étages de friandises. Il en est presque intimidant. J’écoute le ronronnement de son moteur et lui promets silencieusement de venir faire rapidement sa connaissance.
En attendant, je me tourne vers sa voisine toute grisonnante. Il faut bien avouer qu’en comparaison et malgré ses nombreuses années de loyaux services, elle semble bien misérable. Sans doute jalouse de son nouveau colocataire, elle me jette son café en omettant de me donner une touillette et ma monnaie. Je lui pardonne gentiment ce manque de courtoisie et me dirige doucement vers mes collègues humains.
15H, Pause bien méritée après des heures de labeurs épuisantes. Je me dirige joyeusement vers mon nouveau pote et observe attentivement tous ses étages. J’opte pour une barre céréalière pleine de lait pour penser et de cacao pour se dépenser (car oui, les comptables ont une activité physique dont on sous-estime souvent l’intensité) , tapote sur le clavier numérique, glisse ma monnaie et attend……..pour rien. Haussement de sourcils surpris, tapotements variés sur le clavier numérique, je cherche à provoquer une réaction….mais en vain.
Je reste interdite devant ce mutisme et doutant de mon sens pratique, lis attentivement les quelques lignes de notice :
1-Tapez le code de votre commande
2- Introduisez votre monnaie
3-Récupérez votre commande
4-Ou taper « C » pour récupérez votre monnaie
Je tapote avec plus ou moins de douceurs sur « C » et commence à douter sérieusement du professionnalisme de ce tas de ferraille. J'obtiens quelques bips nonchalants mais pas de barre céréalière. La méthode douce s’avérant inefficace et malgré mes valeurs de non violence, j’envisage d’employer la manière forte et commence à bousculer mon adversaire dans une vaine tentative d’intimidation.
Je dois pourtant me rendre à l’évidence : je ne suis pas de taille.
Dépitée et vexée, je lance un reniflement de dédain en direction de mon rival et me tourne vers ma vieille collègue, grisonnante et ronchonnante certes, mais tellement plus serviable.
Lundi je viens avec un paquet de friandise acheté en supermarché et monte un complot de boycottage général.
Rira bien qui rira le dernier.
