Boite à Dragi

Des noirs, des jaunes, des roses..mais pas de chabadabada.

30 juillet 2006

EVASION

Il pleut depuis 2 jours. Le faible rayonnement de la lune ne pénètre pas à travers les branches, et nous devons sans cesse rester attentifs pour ne pas se faire piéger par les racines. Je suis épuisée, la fatigue rend ma tête lourde et je peine à garder les yeux ouverts. Avec le temps, j'ai appris à somnoler en marchant. Le rythme de mes pas me berce malgré le froid. Je suis trempée des pieds à la tête et la fraîcheur de l'automne me transperce. Un hurlement de loup me glace le sang et j'accélère le pas. Les lanières de mon sac me rentrent douloureusement dans les épaules. Les maigres vivres achetées à l'auberge du dernier village sont certainement mouillées. Je repense aux évènements de ces derniers mois. Cette attaque si soudaine, notre fuite dans les montagnes, le silence des anciens...c'est arrivé si vite. Où cela va t'il nous mener?. Galwan annonce une pause. Enfin. Je me laisse tomber et m'adosse à un arbre sans me soucier de la boue qui macule mes vêtements. La fatigue est plus forte que la faim...mes yeux se ferment d'eux mêmes.

Je me réveille en sursaut. Le jour est déjà levé. Je m'asperge le visage avec de l'eau glacée et dévale les marches. Tante Ma me crie de ne pas courir dans les escaliers. Je l'embrasse rapidement sur la joue, lui vole un biscuit et m'élance dans la rue. Xavier n'est pas devant le square. Je suis sûrement en retard. Je cours plus vite. L'air matinale fouette mon visage et m'enivre. Les passants me regardent. Certains sourient, d'autres reniflent devant ma dégaine: Mes cheveux sont décoiffés et mes lacets défaits. Je passe devant l'usine et voitrapidement les ouvriers entrés.  Le camion du laitier me double et M. Franck me lance en riant "plus vite mon gars". J'entends la cloche sonnée. J'accélère encore un peu et arrive dans la cours à bout de souffle. Madame Khaine me regarde et sourit: "Encore une panne de réveil?". Elle est si belle....je lui rends son sourire et rejoint Xavier sous le préau. Il ouvre son sac et me montre son dernier lance-pierres. Le message est clair: RDV à la récré derrière la fontaine. Madame Khaine nous fait avancer. Je pousse la porte de la salle de classe.

Je m'arrête net sous l'effet de la surprise. Nous cherchons cette salle depuis si longtemps qu'on doutait presque de son existence. Je m'avance un peu pour permettre aux autres d'entrer. Nous regardons autour de nous, essayant de voir la salle dans son ensemble. Des runes couvrent les murs. Je les parcours du doigt cherchant à percer leur secret. Sophie nous appelle. Elle est au centre de la salle et fixe le sol sans ciller. Nous nous approchons. Je n'ose pas y croire. Le tombeau est là, enterré, ne laissant que sa face supérieure a l'air libre. Tremblant, je tombe à genoux et balaie doucement la terre et la poussière qui se sont accumulées au fil des siècles. Petit à petit, je m'aperçois que la face est lisse. Mon cœur s'emballe quand je comprends. C'est du verre! Le tombeau est en verre! Sophie s'agenouille à son tour et m'aide. Un mélange d'excitation et de peur me noue la gorge. Enfin nous la voyons. Je la regarde des pieds à la tête et mes yeux s'arrêtent sur son visage. Je sens des larmes roulées sur mes joues. Nous l'avons tant cherché....La légende disait vrai, sa beauté dépasse l'entendement. Même dans la mort, tout son être reflète la grâce de ses origines. Tandis que je la fixe, un chant cristallin s'élève du fond de la salle.
Je relève la tête.

La Défense. C'est mon arrêt. Je ferme mon livre et descends.

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14 juin 2006

Sérénité

Une clairière au milieu d'une forêt. Les rayons du soleil filtrer par le feuillage des arbres lui donne une atmosphère apaisante. C'est l'été. Le ciel est bleu avec quelques nuages. Il fait chaud mais une légère brise rend l'air plus léger.
Allongée, mes pieds et mes mains jouent avec l'herbe. Je sens la chaleur du soleil sur ma nuque. Mon corps est détendu et mon esprit serein. L'eau d'un ruisseau pas très loin me berce. Mes yeux sont fermés, je somnole un peu et laisse mes pensées vagabonder.
L'air change d'odeur et je sais qu'il va bientôt pleuvoir. Je ne bouge pas. Les arbres me protègent et la température reste bonne. Une pluie fine tombe quelques minutes et s'arrêtent aussi soudainement qu'elle est arrivée. L'odeur si particulière de la terre et des arbres mouillés remplie la clairière.

Je me redresse et apperçois les autres perdus dans leurs propres rêveries. Je Le cherche du regard.
Il est assis au centre de la clairière et nous observe calmement. Nos regards se croisent, il me sourit et se lève doucement. Nous l'imitons et formons un cercle autour de lui.
Ce geste qui nous avait fait si peur la première fois était désormais familier.
Pourtant, à chaque fois qu'Il l'accomplissait, nos yeux se remplissaient de larmes et nos coeurs battaient plus vite......Il était si beau, Il représentait tant....

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18 mai 2006

ANGOISSE

La mort aurait été une délivrance, mais les héros ne meurent pas et aucun d'entre nous ne tenta l'irréparable par un geste qui nous aurait tous condamnés.

Nous attendions. Nous avions depuis longtemps cessé de parler. Aucun mot n'aurait pu exprimer ce que nous ressentions. Une angoisse, mêlée de peur et d'impatience. Les regards que nous échangions étaient suffisamment intenses pour savoir que nous étions tous dans le même état.

Nous souffrions de la faim mais la soif était pire. Avaler nos salives était devenu douloureux tant nos gorges étaient sèches. Faute de place, nos mouvements étaient très limités. Chacun était dans un coin essayant tant bien que mal de détendre ses membres douloureux.

Après la chaleur, le silence était notre pire ennemi. Au départ, nous ne l'avions pas remarqué. Nuit et jour, les sons étaient présents. Plus ou moins forts selon les heures. Le premier silence arriva la 3ème nuit. Le bruit avait cessé d'un seul coup, laissant un silence pesant prendre sa place.
Curieusement, nous avions tous sursautés. Anxieux, nous avions attendus, à l'affût du moindre son, les yeux rivés sur la porte. C'était revenu au bout de 3 heures. La cause de ses silences nous était inconnue ce qui les rendait encore plus effrayants.

Seule la porte nous empêchait de sombrer dans la folie.
Aucune poignée ne nous permettait de l'ouvrir. Nous avions compris qu'il en était de même de l'autre côté. Pourtant il était évident qu'elle s'ouvrait.
Nous avions longuement discuté et débattu de ce que nous ferions si elle s'ouvrait un jour. Nous étions tous tombés d'accord.

Et effectivement, elle s'ouvrit.
C'était si inattendu, que notre premier réflexe fut d'arrêter de respirer.
Aucun de nous ne bougea pendant plusieurs minutes, attendant, le souffle court que quelque chose ou quelqu'un franchisse le seuil. L'autre côté était dans l'obscurité la plus totale. On ne distinguait rien.

Et soudain, Il apparut. Il entra lentement et s'immobilisa au milieu de la pièce. Nous nous étions levés, collés aux parois, trempés de sueur, grelottant de peur et de froid, n'osant même pas cligner des yeux. Le geste qu'Il fit alors ne nous apparut clairement que plus tard. Pour l'heure, ce geste n'eut d'autres effets que de nous effrayés encore plus.
Il se retourna et se dirigea vers le seuil, nous invitant silencieusement à le suivre.
Les brefs regards que nous avions échangés reflétaient tous une peur animale.
Par instinct de survie nous nous étions rapprochés, nous collant les uns aux autres. Nos mains moites se cherchaient, fidèles à ce que nous avions décidés: rester unis quoiqu'il arrive.

Malgré nos peurs, nous l'avons suivi. Inconscients de ce qui nous attendait, nous avons franchi le seuil, plongeant dans l'obscurité.

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